Par Martin Hoegger et Giacomo Sozzi
Le 19 décembre 2025, nous avons eu la joie de rencontrer une vingtaine de membres du mouvement Hizmet dans les hauteurs de Saint-Georges, dans le canton de Vaud, pour réfléchir ensemble au sens de Noël[1]. Cette rencontre s’inscrivait dans un chemin de dialogue et d’amitié vécu depuis de nombreuses années, notamment à travers le groupe « Musulmans et chrétiens en chemin », ainsi que grâce aux liens développés entre le mouvement Hizmet et le Mouvement des Focolari, auquel nous appartenons. En Suisse romande, c’est avec l’Association « Harmonie culturelle » (Renens) que nous sommes entrés en contact avec ce mouvement.
Notre démarche était volontairement simple : parler de Noël avec le cœur et avec vérité, dans un esprit de respect mutuel, en mettant en lumière ce qui nous rapproche, sans dissimuler ce qui nous distingue. En amont de la rencontre, nos amis musulmans avaient préparé plusieurs questions, auxquelles nous avons répondu en nous répartissant les thèmes.
Après l’exposé sur le sens chrétien de Noël, un dialogue riche et très concret s’est engagé autour de l’amitié interreligieuse, de l’histoire chrétienne liée à la Turquie et des défis spirituels communs aux croyants aujourd’hui.
Un chemin de rencontre et de dialogue
Nous nous sommes d’abord présentés brièvement, en évoquant notre engagement respectif dans l’Église catholique et protestante, ainsi que dans le dialogue interreligieux. Les nombreuses rencontres vécues avec des membres de Hizmet, en Suisse, en Europe et ailleurs, nous ont permis de découvrir des convergences spirituelles profondes : le désir de Dieu, l’importance de la prière, de la miséricorde et de l’engagement pour le bien commun. Le mot même de Hizmet, qui signifie « service », rejoint une dimension centrale de la spiritualité des Focolari.
Nous avons souligné que le dialogue authentique commence par la reconnaissance de ce qui est commun. Cette attitude ouvre à la confiance et à la joie. Les différences existent, parfois profondes, mais elles ne doivent pas susciter la peur. Au contraire, elles invitent à aller plus loin, à approfondir, pour mieux se comprendre et chercher ensemble la vérité de Dieu.
Amitié interreligieuse : quels gestes poser pendant les fêtes ?
La première question posée par nos amis portait sur des gestes très concrets : comment exprimer une amitié sincère envers des amis chrétiens à Noël ou à Pâques, lorsque l’on ne connaît pas toujours bien leurs traditions ? Beaucoup expliquaient qu’ils envoient déjà des cartes, des cadeaux ou des messages, mais qu’ils souhaitaient être guidés pour poser des gestes plus justes.
Nous avons répondu que ces attentions sont déjà précieuses. Souhaiter une bonne fête, dire « Joyeux Noël », invoquer la bénédiction de Dieu, offrir un signe de paix sont des gestes simples, mais touchants. L’essentiel n’est pas la maîtrise parfaite des usages, mais l’authenticité de l’estime et de l’amitié. La réciprocité joue ici un rôle clé : de notre côté aussi, nous cherchons à honorer les fêtes musulmanes, notamment pendant le Ramadan, par des messages ou des gestes d’amitié.
Nous avons également souligné qu’un cadeau n’est pas seulement un objet. Offrir du temps, une écoute, une visite ou un repas partagé est souvent le plus beau des dons. Ainsi, on passe progressivement de « tu es différent de moi » à « nous sommes différents, mais nous partageons une même humanité et nous pouvons nous faire confiance ». Ce soir-là, nous avons d’ailleurs reconnu que l’accueil et l’écoute de nos amis constituaient en eux-mêmes un véritable cadeau.
Iznik (Nicée) et l’identité chrétienne
Une autre question portait sur l’importance d’Iznik, l’ancienne Nicée dans la Turquie actuelle, et sur la signification d’une récente rencontre de responsables chrétiens - dont le pape Léon XIV - dans cette ville, à l’invitation du patriarche orthodoxe Bartholomée. Cela nous a permis de rappeler que c’est à Nicée, en 325, que l’empereur Constantin convoqua un concile pour répondre à une question centrale : qui est Jésus-Christ ?
Face à des divisions profondes, les évêques ont formulé une confession de foi, le Credo de Nicée, affirmant que Jésus-Christ est véritablement Dieu et véritablement homme. Cette foi demeure aujourd’hui encore le socle commun de toutes les grandes Églises chrétiennes.
Nous avons ajouté que le fait que des responsables de diverses familles chrétiennes puissent se rassembler autour de cette foi commune est important aussi pour le dialogue interreligieux. Sur l’identité de Jésus, musulmans et chrétiens ont des réponses différentes. Le dialogue ne demande pas d’effacer son identité, mais de la vivre clairement, sans agressivité, avec un cœur ouvert.
Prophètes, pauvreté et responsabilité
Une question plus spirituelle concernait la pauvreté de nombreux prophètes reconnus par l’islam. Nos amis y voyaient un signe fort : la vraie religion s’enracine dans l’humilité et appelle à la solidarité. Nous avons reconnu la profondeur de cette intuition. Dans la Bible, le prophète est celui qui transmet la Parole de Dieu, souvent au prix de grandes souffrances. La richesse n’est pas condamnée en soi, mais elle représente un risque et une responsabilité : le danger majeur n’est pas d’avoir peu, mais de perdre l’humilité et de se croire autosuffisant.
Pour résumer ce que Dieu attend de l’homme, nous avons rappelé la parole du prophète biblique Michée : « pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec son Dieu » (6.8). Cette fidélité peut exposer à l’incompréhension, voire à la persécution, comme ce fut le cas pour les prophètes et pour Jésus lui-même. Mais l’amour, vécu jusqu’au bout, demeure la voie de Dieu.
Service, foi et espérance aujourd’hui
Les échanges ont ensuite mis en lumière les convergences entre Hizmet et les Focolari autour du service, compris comme une manière humble de construire la paix, de favoriser la rencontre et de tisser des liens de confiance. Face à la diminution apparente de la foi dans certaines régions du monde, notamment en Europe occidentale, nous avons reconnu les défis actuels, tout en soulignant l’existence d’une quête spirituelle réelle, en particulier chez des jeunes qui découvrent Dieu à travers des relations authentiques et accueillantes.
Enfin, une réflexion s’est ouverte sur la manière de vivre la foi dans le présent. Nous avons rappelé que l’on ne protège pas sa fidélité une fois pour toutes, mais qu’il est toujours possible de recommencer. Vivre l’instant présent dans la foi, l’espérance et l’amour permet d’avancer avec confiance, même dans l’incertitude.
Cette rencontre a confirmé une conviction : chrétiens et musulmans peuvent marcher ensemble, dans le respect et la fidélité à leur foi, pour faire grandir des gestes d’amitié et de service.
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