La proximité de Dieu et la proximité entre les hommes. Un parcours biblique.


Martin Hoegger (à gauche) et Yunus Emre Öncü (l'autre conférencier)

Par Martin Hoegger


Martin Hoegger est pasteur protestant vivant à Lausanne. Il donné cette méditation lors de la rencontre sur le thème de « La proximité, un style de vie », le 2 novembre 2025, à la Maison de l’Arzillier, à Lausanne.

C’est toujours une grande joie pour moi de participer aux rencontres du groupe Musulmans et chrétiens en chemin. J’y trouve une atmosphère de paix et de profondeur spirituelle qui me touche profondément. Je remercie Younes Emre Öncü pour ce qu’il a partagé dans sa conférence, car beaucoup de ses paroles résonnent avec ce que j’aimerais dire sur la proximité de Dieu et sur la proximité entre les hommes.

 

Le Dieu tout autre et pourtant tout proche

Avant de parler d’un Dieu proche, je crois qu’il faut d’abord parler d’un Dieu autre, d’un Dieu qui est au-delà de tout. Il est le Créateur, l’Incomparable. Le nom « Mikaël » signifie en hébreu : « Qui est comme toi ? » — c’est-à-dire, nul ne peut être comparé à Dieu. Et c’est précisément parce qu’il est tout autre qu’il peut aussi être tout proche. Parce qu’il est tout-puissant, il peut venir jusqu’à nous, se faire proche, compatissant, présent. Le prophète Ésaïe le dit : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes voies ne sont pas vos voies », et pourtant Dieu fait monter dans le cœur humain des pensées qui viennent de lui seul.

Dans la Bible, la relation entre Dieu et l’homme est une relation d’alliance, un dialogue vivant entre un « je » et un « tu ». Je pense à Adam, qui se morfond tant qu’il n’a pas trouvé un vis-à-vis, une personne à qui parler, mais qu’il doit aussi respecter. Ève est semblable à lui et pourtant différente. C’est une image de notre relation avec Dieu et avec autrui : il ne peut y avoir de vraie proximité sans respect de l’altérité. Là où l’on ne respecte plus la distance, on risque les abus. L’être humain n’est pas fait pour la solitude, mais pour la rencontre. Nous existons grâce à la rencontre : avec Dieu, avec les autres.

 

Une histoire de proximité : d’Abraham à Jésus

Toute la Bible raconte cette grande histoire de la proximité de Dieu. Dieu appelle Abraham à quitter sa terre pour aller vers un pays nouveau. Il lui promet une descendance, une bénédiction, une terre et une mission universelle : « Par toi, toutes les nations de la terre seront bénies. » Cette promesse marque la naissance d’un peuple appelé à vivre dans la proximité de Dieu.

Avec Moïse, Dieu révèle son nom, ces quatre lettres mystérieuses qu’on appelle le tétragramme. Ce nom, que les Juifs ne prononcent plus, signifie : « Je serai avec toi. » Il exprime la présence fidèle, la proximité du Dieu qui accompagne son peuple. La vocation d’Israël, c’est d’aimer la justice, de pratiquer la miséricorde et de marcher humblement avec Dieu.

Mais le grand drame de l’humanité, c’est l’éloignement. Nous avons été créés pour Dieu, et pourtant nous nous en sommes détournés. Dieu ne nous abandonne pas : il nous donne les moyens de nous rapprocher. Dans l’Ancien Testament, le sacrifice — en hébreu korban, en arabe qorban — vient d’une racine qui signifie « s’approcher ». Le sacrifice est un geste de rapprochement, un pont entre Dieu et l’homme.

Ces sacrifices préfigurent, pour nous chrétiens, le sacrifice du Christ. Jésus s’est donné entièrement, par amour, sans repli sur lui-même. Son don pardonne les fautes, réconcilie les hommes entre eux et les réunit dans la communion. Le culte chrétien reprend ce mouvement : d’abord la confession du péché, ensuite la réponse à la Parole où nous nous donnons à Dieu, enfin la communion dans le partage du pain et du vin, signe de la proximité de Dieu en Jésus-Christ.

Mais cette proximité ne se vit pas seulement dans la prière. Elle se manifeste aussi dans le regard que je porte sur mon prochain. Déjà dans l’Ancien Testament, il est dit : « Ton prochain est comme toi-même. » Faire du mal à son prochain, c’est se blesser soi-même et blesser Dieu. Les prophètes rappellent sans cesse ce lien entre la foi et la justice. On ne peut pas aimer Dieu en oubliant celui qui souffre.

Je pense à cette histoire symbolique : une femme très pieuse allait chaque jour prier à l’église sans jamais voir les mendiants à sa porte. Un jour, elle trouve la porte du temple fermée et lit sur l’entrée : « Dieu est là, mais dehors. » Oui, Dieu est là, mais dehors, dans le visage du prochain.

 

L’art de la proximité : aimer comme Dieu aime

Dans l’Évangile, Jésus nous révèle le Dieu proche. Il se laisse approcher par les enfants, les malades, les exclus, les pécheurs. Il accueille tous ceux que la société rejette. Il abolit les murs de haine et de séparation. En lui, juifs et non-juifs, croyants de toutes nations, sont réconciliés.

La parabole du bon Samaritain illustre cette vérité. Ce Samaritain s’est approché de l’homme blessé alors que les religieux avaient détourné les yeux. En se faisant proche, il est entré dans la vie, car c’est dans le visage de l’autre que nous rencontrons Dieu. C’est cela, la bonne nouvelle : le Royaume de Dieu s’est approché. Dieu est proche.

Cette proximité se vit aussi entre nous. J’aime beaucoup ce que disait Chiara Lubich, la fondatrice du mouvement des Focolari. Elle parlait de « l’art d’aimer », que je considère comme l’art de la proximité. Elle nous invite à changer notre regard, à demander à Dieu un cœur nouveau, un cœur de chair. Elle nous encourage à ne faire aucune distinction entre les gens, à faire le premier pas, à nous mettre à la place de l’autre, à savoir parfois perdre plutôt que d’avoir toujours raison. C’est cela, la vraie humilité.

La proximité commence dans la famille, dans le soin des plus proches. L’apôtre Paul dit : « Celui qui ne prend pas soin des siens a renié la foi. » À partir de ce cercle, elle s’élargit aux plus lointains, que les moyens modernes nous rendent plus proches.

Et je voudrais terminer avec cette parole du psaume : « Ceux qui se tournent vers le Seigneur rayonnent de joie. » (34,6) Oui, se tourner vers Dieu nous illumine, mais cette lumière se propage lorsque nous nous tournons aussi vers les autres. C’est dans cette double proximité — avec Dieu et avec nos frères — que nous trouvons la joie véritable.


Pour aller plus en profondeur, lire l'article de Martin Hoegger: "Les racines biblique de la proximité".

Lire ici l'article résumant les diverses conférences et témoignages de cette rencontre. 

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