L’écoute du cœur, chemin vers la proximité de Dieu


Deux témoins : Zeineb Zemzemi Schlatter (à gauche) et Isabelle Catzeflis

Par Zeineb Zemzemi Schlatter 


Lors de la rencontre de « Musulmans et Chrétiens en chemin », Zeineb Zemzemi Schlatter a donné un témoignage sur comment elle vit la proximité. Elle est musulmane, née en Suisse, d’origine Suisse par sa mère et tunisienne par son père, enseignante secondaire de formation HEPL, mariée et maman de famille nombreuse, passionnée autodidacte des religions et spiritualité.

J’aimerais commencer en rendant grâce à Dieu et dire combien la présence à une telle rencontre est déjà un don. Je vous propose avant tout de vivre un moment de silence et de musique, parce que, pour moi, le silence prépare l’écoute, et l’écoute prépare la parole. Et je voudrais évoquer deux noms de DieuAn-Nûr(la Lumière) etAl-Hâdî(le Guide) : Dieu éclaire et Dieu conduit. 

J’insiste surl’importance de l’écoute dans la foi. Le Coran demande d’écouter avec attention quand il est récité (Sourate 7, 204) : il ne s’agit pas d’entendre des mots, mais d’ouvrir le cœur. Et, quand je dis « Coran », je pense àtoute révélation faite à l’homme: Évangile, Torah, messages des prophètes. La Parole révélée est pour moi unmiroir de dévoilement: elle révèle ce qu’il y a dans le cœur. Le Coran est « guérison et miséricorde » (Sourate 17, 82) : c’est une parole qui apaise, console, relève. 

 

Les «signes» de Dieu dans nos vies 

Je voudrais partager une expérience personnelle : jeune, j’écrivais dans un cahier les versets qui me fortifiaient. Au moment d’un choix de vie (médecine ou enseignement), je tombe sur un verset que je n’avais jamais entendu (Sourate 10, 61) où Dieu dit qu’aucun acte, même infime, n’échappe à Sa Science. Pour moi, c’est uneréponse directe de Dieu. Le verset suivant (10, 62) promet aux amis de Dieu « nulle crainte, nulle tristesse ». Aujourd’hui, ce passage résonne d’autant plus alors que je viens de vivre une fausse couche et commence une nouvelle grossesse : mes larmes ne sont pas de détresse, maisde joie habitée, parce que je me sais regardée par notre Créateur. 

À partir de là, je voudrais parler de l’importance dessignes: Dieu parle par Sa Parole, mais aussi par la création, par les rencontres, par les petits événements du quotidien. « Nous leur montrerons Nos signes dans les horizons et en eux-mêmes… », dit la Sourate 41, 53. L’essentiel est d’être en état d’écoute. Je souligne que, dès le fœtus, l’oreille se forme parmi les premiers organes : l’homme est créé pour écouter. Dans la voie soufie, l’écoute est une discipline essentielle, tirée du Coran : ceux qui écoutent la parole et qui suivent ce qu’elle a de meilleur sont ceux que Dieu a guidés (Sourate 39, 18). Ce critère dépasse les appartenances : ce n’est pas « musulman, juif, chrétien » qui compte d’abord, maisqui écoute et suit le meilleur. 

Ce chemin de l’écoute conduit à un triple mouvement spirituel classique en islam :islâm(abandon en soumission confiante),îmân(ancrage de la confiance dans le coeur),ihsân(Présence et excellence). L’ihsân, c’est vivre en présence de Dieu en tout temps, ce qui pousse à purifier le caractère et à brûler les voiles de l’ego. Tant que ce travail intérieur n’est pas fait, la Présence de Dieu reste comme voilée. 

 

 « Tout est à Lui »

Dans la seconde partie de mon témoignage, j’aimerais citer Annick de Souzenelle : « Je suis chrétienne, mais je suis dans l’islam avec les musulmans. » J’ose la phrase inversée : « Je suis musulmane, mais je suis dans le christianisme avec les chrétiens. » Pour moi, le véritable témoignage (shahâda) n’est pas d’abord un slogan identitaire, maisune attitude de témoin de la présence de Dieu, vécue avec d’autres croyants. Les chrétiens et les musulmans peuvent parvenir ensemble à ce degré de témoignage du cœur. 

J’en viens alors à une formule clé :Lahu  – “à Lui”. Tout est à Dieu, il ne reste que Lui (Sourate 2, verset 156 / Sourate 55, verset 27). Cette conviction a été renforcée dans cette période de fragilité (fausse couche), que j’ai traversée en écrivant dans un second cahier et en donnant au petit être “perdu” pour demeurer dans la Présence le nom d’Eshrâq, « éclat de l’aube » : la lumière qui se lève dans l’âme. Dieu envoie des signes jusque dans la nature – un arc-en-ciel, une inscription sur une bouteille, une forme de nuage, la lune qui ressemble à une lettre arabe. Je vois dans ces coïncidences une pédagogie divine :Dieu parle dans le réel. 

Un verset important est celui qui dit que Dieu a voulu descommunautés diverses. Il aurait pu n’en faire qu’une seule, mais Il a voulu nous éprouver « pour voir qui est le meilleur en œuvres ». Or, au cœur de cette diversité, au-delà de toutes les communautés, il y aune seule communauté de coeur en Dieu: celle de tous les « véridiques » et « gardiens de la Parole » que seul Dieu connaît, car il n’y a de juge que Lui pour évaluer notre Proximité à Lui. (Sourate 3, 113, 114). 

J’aimerais conclure qu’être proche de Dieu, c’est maîtriser son âme, vivre un amour universel, respecter la création, et surtout incarner les Noms de Dieu (paix, guidance, protection…). C’est là que se vit réellement la proximité de Dieu – et c’est là que musulmans et chrétiens peuvent se rencontrer : dans une proximité vécue, plus que dans des étiquettes.


Lire ici l'article résumant les diverses conférences et témoignages de cette rencontre. 

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